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ETHIOPIE
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Addis-Abeba
Nichée à 2400 m d'altitude au c ur du pays, Addis-Abeba est la troisième plus haute capitale du monde, avec un climat humide et venteux très loin des stéréotypes météorologiques de l'Ethiopie. Elle fut fondée en 1887, après que l'impératrice Taytu eut persuadé Ménélik II de déplacer sa capitale des froides collines d'Entoto vers la source d'eau chaude de Filoha, plus bas dans la vallée. Taytu baptisa la ville Addis-Abeba («nouvelle fleur») un nom quelque peu ironique pour cette chaotique cité moderne de 3 millions d'âmes.

Capitale de l'OUA (Organisation de l'Unité africaine) et siège régional des Nations Unies, la ville est bien équipée pour recevoir les touristes, bien que ses quelques hôtels modernes et gratte-ciel contrastent fortement avec la rusticité et le traditionalisme des banlieues d'habitations basses et avec le reste de l'Ethiopie. Si Addis-Abeba n'a pas la patine historique de Gondar ou d'Aksoum, elle mérite néanmoins d'être explorée à loisir, avec des pauses bienvenues dans les superbes cafés et pâtisseries qui se dressent à tous les coins de rue.

Un bon point de départ est l'avenue Adoua, l'artère principale, qui mène à l'historique Piazza, où boutiques branchées et restaurants chic italiens alternent avec des stands de livres et de vêtements d'occasion et des bars tout simples. Véritable labyrinthe, le Mercato (à visiter en compagnie d'un guide local) serait le plus vaste marché en plein air d'Afrique, l'endroit idéal où dénicher artisanat et CD ou cassettes de musique sans compter les éventaires croulant sous des montagnes de feuilles de khat légèrement narcotiques.

A l'est de la place, près de Arat Kilo, se dressent trois églises historiques, parmi elles Kiddist Maryam, bâtie par l'impératrice Zaoditou en 1911 et abritant le mausolée de Ménélik II, et la cathédrale de la Sainte-Trinité, dernier séjour de l'empereur Hailé Sélassié. Le Musée national voisin possède une fantastique collection de trésors, de la statue d'une déesse à l'allure de méduse du temple préchrétien de Yeha à la copie du crâne de Lucy. Passionnant également, le Musée d'Ethnographie, à Siddist Kilo, occupe un ancien palais de Hailé Sélassié. Quelques kilomètres au nord de Siddist Kilo, l'église Entoto Maryam et son petit musée rappellent la première capitale de Ménélik, antérieure à la fondation d'Addis-Abeba.

Une intéressante excursion d'une journée au sud de la capitale fait découvrir l'église médiévale Adadi Maryam creusée dans le roc, et un champ de stèles païennes plus ou moins contemporaines, à Tiya. Au réservoir de Gefersa, 20 km à l'ouest d'Addis-Abeba et dans la forêt de Menegasha toute proche, les amoureux de la nature admireront des oiseaux endémiques des prairies et des bois la forêt abrite notamment de nombreux singes guérézas. A 90 minutes de voiture au nord de la capitale, les gorges de la rivière Muger donnent un avant-goût des immenses paysages des hauts plateaux septentrionaux, avec de bonnes chances de rencontrer l'endémique singe gelada. A 50 km à l'est d'Addis-Abeba, enfin, la bourgade oromo de Bishoftu (aussi appelée Debre Zeyit) se dresse au milieu d'un ancien lac de cratère remarquable par son avifaune abondante.

Circuit historique nord
Le circuit touristique principal du pays traverse les hauts plateaux au nord d'Addis-Abeba et passe par trois anciennes capitales, Gondar, Lalibela et Aksoum, tout en découvrant des curiosités naturelles comme le lac Tana (3600 km2) et les sommets majestueux du Simien. La meilleure façon d'effectuer le parcours est de prendre l'avion des vols quotidiens relient les grandes villes et Addis-Abeba. Le circuit peut aussi se faire en voiture, mais il faut compter au moins deux semaines, idéalement davantage, sur certaines des routes les plus rudes mais aussi les plus spectaculaires d'Afrique.

Première étape fréquentée sur le circuit nord, le port ombragé de Bahir Dar se trouve sur la rive sud du lac Tana, à hauteur de l'exutoire qui marque le début du voyage du Nil Bleu vers la Méditerranée. On y voit parfois des hippopotames. Les hôtels en bord de lac, à la végétation luxuriante, permettent l'observation des oiseaux (pélicans, aigrettes, martins-pêcheurs et calaos), tandis que le marché central est l'un des plus animés du pays. Traditionnellement, les chutes du Nil Bleu malheureusement beaucoup moins spectaculaires depuis la canalisation du fleuve pour alimenter une usine hydroélectrique sont la grande attraction touristique de l'endroit.

Bahir Dar est la base idéale pour explorer les monastères médiévaux éparpillés sur les îles et péninsules boisées du lac Tana. Le plus accessible est Ura Kidane Mihret (XIVe siècle), à une heure de bateau sur la péninsule de Zege, remarquable par son ensemble coloré de fresques murales superbement restaurées décrivant des scènes bibliques et par la richesse de ses crucifix anciens, bibles reliées de cuir et autres trésors. Un peu plus loin, Tana Chirkos, site d'une pierre sacrificielle judaïque datant d'avant notre ère, serait l'endroit où l'arche d'Alliance aurait été mise en sécurité pendant 600 ans avant de gagner Aksoum vers l'an 350. Une visite s'impose aussi à Daga Istafanos, où un mausolée abrite les momies de cinq empereurs, et à Narga Sélassié, bâti par l'impératrice Mentewab au XVIIIe siècle.

A trois heures de voiture au nord de Bahir Dar, Gondar fut fondée comme capitale par l'empereur Fasil dans les années 1630. Le centre-ville est dominé par le Fasil Ghebbi, l'enceinte royale fortifiée contenant une demi-douzaine de châteaux du XVIIe siècle mêlant architecture traditionnelle d'Aksoum et savoir-faire portugais et asiatique. Hors de ville, ne manquez pas le château Kuskuam, érigé par la charismatique impératrice Mentewab. Le joyau de Gondar est l'église Debre Birhan Sélassié dont le célèbre plafond, décoré de 80 visages de chérubins, est complété par des dizaines de fresques religieuses très vivantes.

Gondar est la porte d'entrée du parc national du Simien, qui s'étend à deux heures de là plus au nord. Il peut se visiter en une (longue) journée en 4x4 privé, mais mérite d'être exploré à pied sur plusieurs jours. Le Simien vaut surtout pour ses paysages d'altitude spectaculaires escarpements déchiquetés, gorges vertigineuses et pics afro-alpins battus par les vents, tel le Ras Dashen (4620 m), quatrième plus haut sommet d'Afrique. Il abrite également une vie sauvage résiduelle, dont plusieurs espèces endémiques à l'Ethiopie. Les plus spectaculaires sont les troupes de singes geladas, des babouins un peu particuliers, qui se distinguent par la crinière léonine dorée du mâle et une tache rouge vif sur sa poitrine. Le Simien est le dernier refuge du bouquetin walia pratiquement disparu et compte encore quelques loups d'Ethiopie. C'est aussi le meilleur endroit pour apercevoir le magnifique gypaète barbu.

Encore plus au nord, Aksoum est la plus ancienne capitale d'Ethiopie, datant probablement de 1000 av. J.-C., et le berceau spirituel de l'Eglise orthodoxe éthiopienne. Vous y verrez la plus vieille église du pays, Tsion Maryam, fondée par le roi Ezana en 341 et rebâtie par l'empereur Fasil après sa destruction par Ahmed Gragne au début du XVIe siècle. Selon la tradition éthiopienne, Tsion Maryam abrite l'arche d'Alliance, qui serait cachée dans un bâtiment extérieur où ne pénètre que le prêtre désigné pour la protéger. La ville compte un certain nombre d'antiquités datant de l'époque préchrétienne, notamment un champ de stèles gravées hautes de 23 m, des palais en ruine (dont l'un prétendument bâti par la reine de Saba) et des catacombes creusées à la main qui préfigurent les excavations rocheuses plus élaborées de Lalibela. A voir aussi, le temple de Yeha, vieux de 2500 ans, à 50 km au nord-est d'Aksoum.

Située sur les hauts plateaux isolés du nord-est, à 2630 m d'altitude, Lalibela est un «must» absolu pour tout visiteur. Elle comprend une douzaine d'églises creusées à même le roc au XIIe siècle par le monarque du même nom. De par leur architecture et leur esthétique, ces églises sont tout simplement époustouflantes, surtout Bieta Georgis, excavée à même une tranchée de 15 m de profondeur, et l'immense monolithe de Bieta Medhani Alem, dont le classicisme néo-grec est renforcé par 36 colonnes internes et 36 externes. Toujours en activité, ces églises sont empreintes d'une spiritualité mélancolique tangible surtout durant la messe du matin, lorsque l'air froid de la montagne vibre aux chants poignants et discordants caractéristiques de la liturgie orthodoxe.

Moins accessibles et plus dispersées que celles de Lalibela, les quelque 120 églises creusées dans les falaises du Tigré ont été décrites par Ivy Pearce comme «le sommet de l'héritage historico-culturel du peuple éthiopien». Jusqu'en 1966, seules une dizaine d'entre elles étaient connues des étrangers, et alors que la plupart sont encore en activité, leur isolement fait qu'elles peuvent passer des mois sans voir personne de l'extérieur. Parmi les plus faciles d'accès, citons Wukro Chirkos (sur la route principale reliant Adigrat et Mekele) et Abreha we Atsheba, non loin de là. Les plus spectaculaires, au nombre d'une douzaine, bordent l'escarpement de Gheralta, près de Hawzien.

Ethiopie méridionale et orientale
Très différente des hauts plateaux du nord, la vallée du Rift, au sud d'Addis-Abeba, traversée par une route asphaltée en bon état jusqu'à Moyale, à la frontière avec le Kenya, est réputée pour la série de superbes lacs qui jalonnent son lit boisé d'acacias poussiéreux. A Ziway, le lac le plus proche de la capitale, on peut observer bon nombre d'oiseaux d'eau depuis une bourgade sur le rivage, tandis que des tours en bateau permettent de voir des hippopotames et d'explorer, sur une île, le monastère de Debre Tsion, où l'arche d'Alliance aurait été entreposée au IXe siècle durant la guerre avec la reine Yodit. Plus au sud, le lac Abiata attire des concentrations saisonnières de flamants roses, alors que les rives boisées des lacs Langano et Awasa (le premier à proximité d'un groupe de lodges haut de gamme, le second d'une ville avec de bonnes infrastructures touristiques) abritent des hordes de guérézas, nombre d'hippopotames et d'oiseaux endémiques. Pour voir les oiseaux et les singes, rendez-vous aussi à Wondo Genet, sur le flanc boisé de la vallée du Rift, à l'est de Shashemene.

De Shashemene part également une route qui gravit l'escarpement de la vallée du Rift, conduisant aux hauts plateaux désolés entourant le parc national du Balé, principale destination du pays pour la faune. Le c ur du parc est formé par le plateau de Sanetti, paysage ondoyant de bruyères aux tons pastel, de lacs étincelants, de lobélias géants et d'aloès situé à 4000 m d'altitude. Le Sanetti est le plus important refuge du loup d'Ethiopie, tandis que plus bas sur les pentes boisées du Balé vivent les endémiques nyala de montagne et guib de Ménélik. Le Balé concentre encore plus de la moitié de l'avifaune endémique des hauts plateaux éthiopiens, ainsi que les rares aigle doré, érismature roux et crave. Depuis le Balé, vous pouvez gagner les grottes de Sof Omar, qui suivent le cours souterrain et cristallin de la Web sur 17 km, ou faire 4 à 7 jours de route jusqu'à Yabello, passant en chemin les seuls endroits connus où vivent des oiseaux endémiques comme le touraco de Ruspoli et la corneille de Streseman. La ville la plus méridionale d'Ethiopie est Arba Minch (littéralement «quarante sources»), spectaculairement perchée sur une colline dominant les eaux qui lui donnent son nom, au-dessus des lacs Abaya et Chamo, tous deux dans l'enceinte du parc national Nechisar. Ce parc peu connu, l'un des plus beaux d'Afrique, compte de vastes colonies de crocodiles, hippopotames, zèbres et antilopes comme le grand koudou et l'endémique bubale de Swayne. Il est également sur le point d'accueillir un programme de réintroduction d'espèces sous l'égide de l'African Parks Foundation. Les imposantes montagnes qui se dressent à près de 4000 m à l'ouest d'Arba Minch sont connues pour les huttes en feuilles de bananier en forme de dôme, hautes de 6 m, bâties par les Dorze à proximité de Chencha, à 37 km de là par la route.

Arba Minch est le point de départ logique pour des excursions dans le sud Omo farouchement traditionaliste, que l'on atteint aussi par vols réguliers depuis Addis-Abeba et Jinka. Quelque 40 tribus différentes habitent la région, formant une riche mosaïque culturelle dont les membres rivalisent en matière de parures et de coutumes insolites plateaux ornant les lèvres, scarifications élaborées du corps, rituel des femmes battues, saut tauromachique, combats de bâtons et autres peintures corporelles. Ce coin isolé de l'Ethiopie a la faveur croissante des touristes aventureux, mais les routes poussiéreuses creusées d'ornières et l'hébergement rudimentaire ne conviennent pas aux amateurs de confort.

Par contraste, la cité fortifiée de Harar, sur les fertiles hautes terres orientales, est le berceau spirituel d'une communauté islamique qui se réfugia en Ethiopie au VIIe siècle. Elle compte au moins cent mosquées, la plus ancienne remontant au XIIe siècle. Parmi les curiosités de Harar figurent un superbe musée dans une demeure associée au souvenir du poète Arthur Rimbaud, le palais de Ras Makonnen (père de l'empereur Hailé Sélassié) et les légendaires «hommes hyènes» qui nourrissent à la main les charognards nocturnes de la ville à l'extérieur des remparts, à la nuit tombée. Harar a plus à offrir que ses quelques attractions touristiques, notamment grâce à l'esprit d'ouverture qui unit ses habitants musulmans et chrétiens: la vie sociale est ici centrée autour d'une copieuse mastication de khat, et les bars ne manquent pas.

Les vols pour Harar atterrissent à Dire Dawaprincipale ville du pays après Addis-Abeba, mais sans grand charme. Vous verrez néanmoins son marché animé, que fréquentent souvent des bergers oromo et afar en costume traditionnel, et les bâtiments à l'architecture coloniale entourant la gare. Ceux qui parcourent en voiture les 550 km séparant la capitale de Harar s'arrêteront peut-être en route au parc national Awash oryx, gazelles, babouins hamadryas, oiseaux en abondance et même quelques lions peuvent être observés dans cette vaste étendue boisée d'acacias de la vallée du Rift, divisée par les gorges de la rivière Awash.

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