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Inde Népal

REFLETS DE L'INDE ET DU NéPAL

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Kerala
Il n'y avait que le Kerala pour offrir pour la première fois à l'Inde un président issu du dernier échelon de la société: K.R. Narayanan, l'enfant du Sud à la tête du pays depuis 1997, est un intouchable. Une réalité inimaginable il y a encore quelques années. Mais l'Etat du Kerala l'un des plus petits du pays et des plus densément peuplés peut se vanter d'être la province modèle de l'Inde. Lors de sa création, née de la réunion des Etats de Travancore et de Cochin, en 1956, sa population revendiqua un gouvernement communiste et un partage équitable des terres. Cinquante ans plus tard, le Kerala est l'un des Etats les plus riches trois récoltes par an en raison du climat tropical et le plus alphabétisé du pays. L'hygiène y est la meilleure et le taux de natalité le plus bas. La répartition des richesses y est équitable et les disparités sociales gommées.

C'est à Kochi (Cochin), petit port du sud-ouest de l'Inde, l'un des plus beaux de la côte du Malabar où se mêlent les senteurs de cardamome et de girofle, que débarqua, voilà 500 ans, Vasco de Gama. Mais combien furent-ils avant lui Phéniciens, Grecs, Arabes, Romains à jeter l'ancre dans les eaux turquoise de la mer d'Arabie? Autant de peuples qui, du temps où la valeur du poivre de Malabar rivalisait avec celle de l'or, repartaient chargés des précieuses épices. Puis plus tard, les Portugais, les Espagnols, les Hollandais, les Anglais Le décor n'a pas dû changer beaucoup depuis lors: l'Inde, qui se situe en tête des pays producteurs d'épices, reste le premier marché mondial en terme d'exportation. C'est de Cochin que partent toujours les cargaisons qui transportent aux quatre coins du monde l'or noir, rouge ou jaune du Kerala.

Cochin se compose de trois presqu'îles et de lagunes reliées entre elles par des canaux pittoresques. Ernakulam, le quartier moderne et le centre économique, est situé sur le continent. On s'y déplace en ferry, le bateau-bus local. Une excellente façon de s'orienter est de faire une petite croisière dans le port, sur les lagunes et les canaux, entre les îles et les promontoires.

Fort Cochin-Mattancherry, la presqu'île de l'ouest, est la partie la plus ancienne de la cité. Les marchés serpentent entre les maisons hollandaises aux toits de tuiles rouges. La ville conserve également des églises bâties par les Portugais il y a cinq siècles. La modeste église Saint-Francis, édifiée par des franciscains au début du XVIe siècle, accueillit la dépouille de Vasco de Gama lorsqu'il mourut à Cochin, en 1524. Si ses restes furent par la suite transférés à Lisbonne, sa pierre tombale n'a pas bougé. La cathédrale Santa Cruz, achevée en 1904, évoque le style flamboyant espagnol. Le plus bel édifice est peut-être le Dutch Palace, bâti par les Portugais en 1557 et agrandi par les Hollandais dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Vous y admirerez une collection d'habits, de turbans et de palanquins ayant appartenu aux rajahs de Cochin. Non loin de là, à l'entrée du port, accrochés au bout de leur perche, les filets de pêche chinois se balancent, toiles d'araignée géantes dansant sous la brise, souvenirs d'une époque lointaine où l'Inde commerçait avec la Chine. Un marché aux poissons coloré se tient tous les matins sur le port.

Dans Mattancherry, Jew Town le quartier juif possède un charme singulier. Le marché aux épices bat son plein. Dans les arrière-cours, on aperçoit les montagnes de poivre, de gingembre ou de cardamome fraîchement récoltés. A l'entrée de la synagogue, la plus ancienne du pays, des peintures racontent l'épopée de ces juifs qui, fuyant Jérusalem occupée, trouvèrent refuge en Inde en 175 av. J.-C. Des milliers d'autres suivirent lors de la destruction du Second Temple par Titus, au premier siècle de notre ère. Dans un petit musée improvisé, des inscriptions anciennes rapportent comment le roi Bhaskara Ravi Varman Ier (962 1020) concéda le village d'Anjuvannam à un marchand juif dénommé Rabban. Ainsi naquit la communauté israélite de Cochin, composée de juifs blancs et de juifs à la peau plus foncée, les seconds étant considérés comme une sous-caste des premiers. A la fin du XVIIe siècle, elle possédait quatre synagogues et réunissait encore 128 familles. Il n'en reste aujourd'hui qu'une petite poignée. Quant à la synagogue, elle date de 1568 et plus aucun rabbin n'y officie. Son sol est composé de centaines de carreaux de faïence chinois, ornés de paysages peints à la main, tous différents, qui inspirèrent à Salman Rushdie la première partie de son roman Le Dernier Soupir du Maure. Un roman incontournable pour qui veut se plonger dans l'atmosphère épicée du Vieux Cochin.

A 64 km au sud de Cochin, le port d'Alleppey (Alappuzha) est le grand centre keralien de l'industrie du coir, cette fibre grossière qui entoure la noix de coco et sert en corderie. La «Venise de l'Orient» est sillonnée de cours d'eau scintillants dans lesquels se pressent lys et lotus. Chaque année, le deuxième samedi d'août, ont lieu les Nehru Cup Snakeboat Races, régates pour l'occasion de l'Onam, la fête des récoltes. Un spectacle palpitant, où des bateaux longs de 60 m ou plus fendent les eaux sous la poussée d'une centaine de rameurs, sinon davantage. Chants et percussions scandent ces régates.

Partant d'Alleppey, un trépidant lacis de lagunes reliées par des canaux, les «backwaters» s'étend sur une superficie de 3200 km2. Une promenade sur les canaux permet de se faire une idée de la vie de leurs habitants pour qui ils représentent un indispensable moyen de communication. La croisière jusqu'à Quilon (Kollam) est superbe. Le bateau suit des cours d'eau bordés de palmiers, traverse des étangs, passe devant des anses verdoyantes où les habitations au toit de palmes se nichent entre des lopins de terre rouge. Vous croiserez sans doute des pirogues en forme de dragons ainsi que des embarcations transportant riz et coprah.

Kottayam, une ville à 16 km d'Alleppey, est le centre religieux de la vieille communauté syrienne chrétienne, et vous y verrez plusieurs églises. C'est aussi un centre de production du caoutchouc. Les ornithologues apprécieront une ancienne plantation à l'ouest de la ville, aujourd'hui réserve de Kumarakom, où les oiseaux font halte de novembre à mars.

Une visite de la réserve naturelle de Périyar, à quatre heures de route de Kottayam, s'impose. La route rejoint les 26 km2 d'eau douce du lac Periyar, à 1200 m d'altitude et près de la frontière séparant le Kerala du Tamil Nadu. Ce lac fut crée par les Britanniques en 1895 pour fournir de l'eau à Madurai. Dans la réserve, une des plus importantes de l'Inde, vivent encore le tigre et le léopard (fort timides), ainsi que des bisons, antilopes, sangliers, singes et éléphants, et une grande variété d'oiseaux. On s'y déplace à pied ou en bateau.

Moyennant une autorisation, vous pourrez suivre le sentier qui mène à travers la jungle au temple de Mangla Devi, situé au point culminant de la région. De là, vous aurez une vue magnifique. Ne manquez pas de visiter les plantations de thé et d'épices cultivées en terrasse sur les côtes escarpées.

Au sud de Quilon, Varkala est un vrai paradis, avec la mer, les falaises, les plages accueillant les éléphants venus faire leur toilette autant d'attraits qui font de ce petit village autrefois paisible une station de plus en plus fréquentée.

Thiruvanathapuram (Trivandrum), la capitale du Kerala, est construite sur sept collines et possède de larges avenues semées de bâtiments aux toits de tuiles rouges. Elle abrite le célèbre temple Padmanabhaswami. Les temples keralais sont généralement en bois, surmontés de toits de tuiles en pente. Le temple de Padmanabhaswami est de style dravidien, caractérisé par d'énormes tours appelées gopurams, abondamment sculptées. L'entrée est interdite aux non-hindous. Trivandrum est le berceau du kalaripayat, un sport de combat acrobatique, ancêtre des arts martiaux, qui nécessite une souplesse extrême. Mais ce sont surtout les cures d'ayurveda et la côte de Malabar qui font son succès. Kovalam, à 13 km, en est la seule station. Ses petites criques de sable fin sont bordées de palmiers et de rizières. Mais, malgré les gestes ancestraux des pêcheurs, l'endroit a malheureusement beaucoup perdu de son charme sauvage.

Le point méridional de l'Inde est le Cap Comorin (Kanyakumari), à 2 h de Kovalam. Ici, les eaux de la mer d'Arabie se mêlent à celles de l'océan Indien et la mer de Bengale, et rien, sinon une vaste étendue d'eau, ne vous sépare de l'Antarctique. Au moment de la pleine lune tombant en avril mai (le Chaitrapurnima), on peut admirer le spectacle simultané du coucher du soleil et du lever de la lune au-dessus de l'océan, mais les touristes arrivent tous les jours par vagues de cars pour regarder le soleil apparaître ou disparaître à l'horizon.

Le temple de Kumari Amman, qui domine l'océan, attire quant à lui des millions de pèlerins hindous. Il est dédié à Devi Kanya, l'une des incarnations de Parvati, l'épouse de Shiva. Situé près du temple, le Mémorial de Gandhi est un lieu de pèlerinage, car il commémore l'endroit où une partie des cendres du Mahatma assassiné furent déposées avant d'être dispersées sur les flots.

Tamil Nadu
Avec plus de 5 millions d'habitants, Chennai (Madras), la capitale du pays tamoul, est la quatrième ville du pays. Ses embouteillages, la pauvreté de certains quartiers, ainsi que ses gigantesques affiches de stars et ses studios de cinéma que l'on peut d'ailleurs visiter ne sont pas sans rappeler Bombay. D'autant plus qu'elle porte la forte empreinte architecturale de la colonisation britannique. Mais c'est encore plus loin vers le sud que l'on découvre le Tamil Nadu profond, dans ces villes aux forts et aux temples fabuleux que sont Tanjore, Trichy (Tiruchirapalli) ou Madurai.

Edifiée à la gloire de Shiva et de son épouse, Madurai est l'ancienne capitale des Pandya et la cité la plus vieille et la plus sainte du Tamil Nadu. Elle est aussi, de toute l'Inde, celle qui correspond le mieux à ce qu'était l'organisation géométrique de la ville hindoue avant l'influence moghole: le centre de cette ville d'un million d'habitants se compose encore de plusieurs rues concentriques, qui permettaient autrefois la subdivision spatiale des castes, et dont l'immense temple de Minakshi marque le centre.

Sorte de ville dans la ville, l'exubérant temple de Minakshi, avec ses gopurams colossaux en forme de dôme, recouverts de statues naïves et colorées, ses sombres galeries, sa salle aux mille piliers (si vous les comptez, vous n'en trouverez que 997), ses myriades d'autels, de niches, de statues noires couvertes de beurre sacré, avec ses cohortes de marchands, d'artisans, de troubadours, de prêtres et de pèlerins, est la véritable attraction de Madurai. La vibration inouïe qui l'anime en fait un lieu extraordinaire. C'est autour des marches qui descendent dans le bassin du Lotus d'Or, où se baignent les familles au crâne rasé, que l'ambiance est la plus saisissante. Par un escalier qui s'élève à 60 m de hauteur, on accède au sommet du gopuram sud d'où la vue plonge sur les huit autres dômes du temple, les collines et les milliers de terrasses alentour.

A l'extérieur du mur oriental du temple, le Pudhu Mandapa est la salle d'Audience du roi Tirumalai Nayak. Tailleurs et artisans de toutes sortes occupent maintenant les lieux, devenus un bazar bruyant. Les vestiges du palais de Tirumalai se trouvent à un kilomètre au sud-est, une promenade de 20 min à pied. Construit en 1636 sur le modèle des grands palais rajpouts du Rajasthan, c'est un véritable foisonnement de piliers et d'arches monumentaux, mais les jardins d'agrément et les murs d'enceinte fortifiés ont disparu.

Au nord-est du grand temple, le musée Gandhi, installé dans l'ancien palais de Rani Mangammal, présente des objets ayant appartenu au Mahatma, et vous donne un aperçu de l'histoire de l'indépendance de l'Inde. C'est à Madurai que Gandhi renonça à porter des habits européens et adopta définitivement le dhoti hindou.

Sur une île du golfe de Mannar, reliée au continent par un viaduc ferroviaire et le pont Indira-Ghandi, Rameswaram est un centre de pèlerinage important pour les shivaïtes et les vishnouïtes. On l'appelle le Benarès du Sud, et tout hindou souhaite venir y prier au moins une fois dans sa vie. C'est ici, selon la tradition, que Rama vint rendre grâce à Shiva pour se purifier du meurtre de Ravana qui lui avait ravi sa femme, Sita. La construction du temple de Ramanathaswamy, au c ur de la ville, débuta au XIIe siècle, mais depuis lors, les différentes dynasties ont apporté des modifications. Les pèlerins y effectuent toutes sortes de rituels purificateurs. Seuls les hindous sont autorisés à pénétrer dans le sanctuaire intérieur de ce temple dravidien, qui se distingue par ses magnifiques corridors aux plafonds soutenus par des colonnes entièrement sculptées.

Perché sur une colline à 3 km au nord-ouest de la ville, le sanctuaire de Gandamadana Parvatham conserve l'empreinte du pied de Rama. Les pèlerins s'y rendent au lever et au coucher du soleil.

A la pointe orientale de l'île, une succession de récifs, de bancs de sable et d'îlots, le Pont d'Adam, relie l'Inde au Sri Lanka.

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