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LITUANIE - LETTONIE - ESTONIE

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ESTONIE
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Images Estonie
Toute visite de l'Estonie commence naturellement par la cité médiévale de Tallinn, sur le golfe de Finlande. En été surtout, la pittoresque vieille ville déborde de vie, accueillant divers festivals et de nombreux concerts. A 40 km seulement à l'est de la capitale estonienne, les superbes paysages du parc national Lahemaa vous attendent. A l'ouest, voici l'immense lac Peïpous et la ville universitaire de Tartu. Le sud-est de l'Estonie est couvert d'épaisses forêts, tandis que depuis la côte ouest du pays des excursions sont organisées vers les îles de Hiiumaa et Saaremaa.

Tallinn
Peuplée dès avant la fin du premier millénaire, Tallinn fait son apparition, sous le nom de Koluvan, sur une carte dressée en 1154 par le géographe arabe Idrisi. Moins d'un siècle plus tard, durant l'été 1219, la ville est conquise avec le nord de l'Estonie par le roi du Danemark Valdemar II. Sur le rocher de Toompea, des fortifications sont édifiées, qui vont donner son nom à la ville: Taani linn, le «fort des Danois». Prise en 1227 par les chevaliers Porte-Glaive (qui fusionneront avec les chevaliers Teutoniques en 1237) puis rendue aux Danois (1238), la ville entre sous leur égide dans la Hanse en 1248. Après le rachat du pays par les chevaliers Teutoniques en 1346, marchands et artisans allemands s'installent plus nombreux encore. Fourrures, cuir, graisse de phoque sont exportés vers les ports de la Baltique, tandis que transitent vers les Etats russes hareng, vin et sel. L'invasion suédoise de 1561 marque le début d'un long déclin économique, aggravé par les conflits qui secouent la région. Devenue russe, Tallinn retrouve sa dynamique grâce à l'arrivée du chemin de fer en 1870. Industrialisée, elle l'est plus encore après l'intégration de l'Estonie dans l'URSS en 1944. Sa population double alors en 15 ans. Aujourd'hui encore, près de la moitié de ses 450000 habitants sont russophones.

Tallinn est formée de trois ensembles: la ceinture de banlieues soviétiques, la ville nouvelle, apparue au XIXe siècle, et le noyau de la vieille ville (Vanalinn). Classée par l'Unesco au patrimoine mondial en 1997 après sa complète restauration, cette dernière se divise entre le rocher de Toompea, l'ancienne citadelle et la ville basse centrée autour de la place de l'Hôtel de Ville. Le long des ruelles pavées s'élève un charmant enchevêtrement de toitures médiévales et de flèches d'églises. La vieille ville est encore en grande partie entourée de ses remparts: longs de 2,5 km, ils furent parmi les plus puissants du Nord de l'Europe. Des 46 tours et bastions, 26 subsistent.

Cadre des «nuits blanches» de juin, le site, assez théâtral, attire à la belle saison des hordes de visiteurs, dont un grand nombre de Finlandais. En 1 h 30, les hydroglisseurs viennent depuis Helsinki, juste de l'autre côté du golfe. Tout l'été, entre les boutiques chic du centre et les terrasses des cafés, de nombreux concerts et festivals, à l'instar des Tallinn Old Town Days, organisés en juin, redonnent vie au Tallinn d'autrefois.

La ville basse
Durant tout le Moyen Age, la ville basse, siège des marchands et des artisans germaniques, conserva une assez large autonomie vis-à-vis des chevaliers établis à Toompea, la ville haute. Le charme du vieux Tallinn leur doit beaucoup: entrepôts, demeures gothiques, portes ouvragées, églises baroques Presque entièrement fermé à la circulation, le centre est un vrai paradis pour les piétons. C'est traditionnellement par la porte de Viru, côté est, que l'on y pénètre. Autrefois haute de 13 m, celle-ci conserve encore une partie de ses arcades et plusieurs tourelles de pierre.

Hôtel de Ville
Au c ur de la ville depuis sept siècles, la place de l'Hôtel de Ville (Raekoja plats), où se tenait autrefois le marché, s'entoure d'une ronde de façades pastel et de terrasses très animées aux beaux jours. Amarré sur le versant sud de l'esplanade, l'Hôtel de Ville (Raekoja) remonte à 1404: c'est l'édifice gothique civil le plus ancien de toute l'Europe du Nord! Sa flèche élancée est coiffée depuis 1530 d'une girouette, sentinelle en forme de guerrier médiéval portant le nom de Vana Toomas, le Vieux Thomas il s'agit du troisième exemplaire à occuper ce poste. Une légende affirme que, chaque année, un vieil homme émerge des eaux du grand lac Ülemiste, au sud de Tallinn, pour demander si la ville est achevée. Vana Toomas répond invariablement qu'il faudra de nombreuses années encore. Grommelant, le bonhomme se retire. Si Vana Toomas répondait par l'affirmative, les eaux du lac déferleraient sur la ville.

L'intérieur de l'Hôtel de Ville est ouvert au public en semaine sur rendez-vous (visite guidée), lorsque l'endroit n'est pas occupé pour des fonctions officielles. On découvre la salle des Citoyens, au superbe plafond voûté, et celle du Conseil de la Magistrature, aux bancs de bois (XIVe) finement sculptés.

Autour de la place
Au no 6 de la place, dans l'étroite ruelle courant derrière l'Hôtel de Ville, l'ancienne prison (XIVe) est devenue Musée de la Photographie d'Estonie (Raevangla Fotomuuseum).
Côté nord (no 11) se trouve l'une des plus vieilles pharmacies (Raeapteek) d'Europe, déjà en activité en 1422. Dans une petite pièce sont exposés de vieux instruments pharmaceutiques.
A proximité, un grand L formé de deux longs pavés désigne le site précis où fut exécuté, à la fin du XVIIe siècle, un prêtre condamné pour avoir assassiné à la hache une serveuse d'auberge (à cause d'une mauvaise omelette!).

Eglise du Saint-Esprit
A côté de la pharmacie, un étroit passage à arcade mène au pied de l'église du Saint-Esprit (Pühavaimu Kirik), édifiée à la fin du XIVe siècle par l'Ordre du même nom. Sur la façade donnant sur la rue Pikk se greffe une superbe horloge, la plus ancienne de Tallinn (1684). L'intérieur de l'église comporte deux nefs de taille égale, chacune bordée d'une tribune en bois peinte de scènes bibliques et sculptée de bas-reliefs personnages et têtes de démons. Le mobilier mêle styles baroque (bancs) et Renaissance (chaire). Le triptyque de l'autel est dû au sculpteur allemand Bernt Notke (1483). Des concerts de musique classique ont lieu chaque lundi à 18 h.

Rue Pikk
Cette rue, qui trace son chemin vers le port, est bordée de belles demeures médiévales. Au no 17, poussez les lourdes portes ornées de marteaux en forme de tête de lion de la Grande Guilde, la plus importante du Tallinn médiéval. Le bâtiment gothique (1410) est aujourd'hui le siège du Musée estonien d'Histoire (Eesti Ajaloomuuseum), couvrant la période s'étendant de la préhistoire au Moyen Age. Aux nos 24 26, on découvre les sièges de la Guilde de Saint-Olaf et de la Confrérie des Têtes Noires (pas d'accès). Cette dernière fut fondée en 1399 par des marchands célibataires qui se mirent sous la protection de saint Maurice, un Maure dont la couleur de peau a sans doute donné son nom à l'association. Modifiée en 1597 dans un style Renaissance, la façade, superbe, est décorée de bas-reliefs représentant les armoiries de quatre villes importantes de la Hanse (Bruges, Novgorod, Londres et Bergen) et une belle série de saints et de chevaliers.

Entrepôts
Dans la rue Lai, parallèle à la rue Pikk, se dressent de nombreux entrepôts médiévaux caractéristiques, avec leur silhouette élancée et, pour certains, leur poutre de levage dépassant encore des murs. Le no 23 est parmi les mieux restaurés. Le no 17 abrite le Musée des Arts appliqués estoniens (Tarbekunstimuuseum), consacré à la période des années 1920 à nos jours (intéressantes expositions temporaires).

Eglise Saint-Olaf
Le haut de la rue Lai est écrasé par la masse considérable de l'église Saint-Olaf (Oleviste Kirik), dédiée au roi norvégien Olaf II et uvre d'un mystérieux architecte lui aussi baptisé Olaf. Une légende affirme qu'il serait mort en tombant de la tour. Mentionnée pour la première fois en 1267, l'église est surmontée d'une flèche culminant à 124 m. Elle est si haute qu'elle servit un temps aux transmissions radio du KGB! L'intérieur, incendié à plusieurs reprises, remonte seulement aux années 1840.

La Grosse Marguerite
Au bas de la rue Pikk (no 71) se dressent d'autres entrepôts médiévaux et, juste derrière, les portes de la Mer, gravées des armoiries de la ville. Greffée sur les remparts, la Grosse Marguerite (Paks Margareeta), une tour d'artillerie du début du XVIe siècle, abrite le Musée de la Mer (Meremuuseum). Du sommet de la tour se révèle un joli point de vue. Juste à l'extérieur des fortifications, dans un petit parc situé en vue des cheminées du port des ferries, un monument a été érigé en mémoire des victimes du ferry Estonia (852 morts), qui fit naufrage en 1994 entre la Suède et Tallinn. Le point de vue sur les remparts est superbe.

Monastère dominicain
Rebroussez chemin jusqu'au niveau de l'église Saint-Olaf et prenez, à l'opposé, une ruelle descendant vers la rue Vene. Au no 16, près des ruines de l'église Sainte-Catherine, une porte mène au monastère dominicain (Dominiiklaste Klooster). Fondé en 1246, celui-ci demeura jusqu'à la Réforme un important centre de diffusion de la pensée chrétienne. On y découvre une exposition de sculptures sur pierre des XVe et XVIe siècles.

Musée de la Ville
Au no 17 de la rue Vene, le très intéressant Musée de la Ville (Tallinna Linnamuuseum) s'est installé dans une maison de marchand du XIVe siècle superbement restaurée. Des origines à l'époque moderne, l'histoire de Tallinn et la vie de ses habitants sont explorés à travers reconstitutions et collections. Voyez par exemple les superbes maquettes de bateaux ayant appartenu à la Confrérie des Têtes Noires, l'épée de bourreau et les objets du quotidien soviétique dont un tapis à l'effigie de Kalinine! Vous reconnaîtrez Vana Toomas, en armure, grand chapeau sur la tête et moustache redressée; cette effigie fut en poste sur l'Hôtel de Ville de 1953 à 1998.

Eglise Saint-Nicolas
Au sud de la Raekoja plats, dans la partie la plus ancienne de la ville basse, où l'on peut voir d'autres entrepôts médiévaux, l'église Saint-Nicolas (Niguliste), un édifice gothique des XIIIe XVe siècles abrite le superbe Musée d'Art médiéval. L'une de ses pièces maîtresses est un fragment de Danse macabre du XVe siècle du sculpteur allemand Bernt Notke. Le Musée archéologique, au no 10 de la rue Rüütli, était récemment en rénovation.

Le rocher de Toompea
C'est ici, sur les hauteurs, qu'est née Tallinn. Bastion estonien dès le Xe siècle, puis siège du pouvoir «étranger» (danois, allemand, suédois), le gros rocher calcaire, greffé sur le flanc gauche de la ville basse a longtemps vécu en autarcie. Des siècles durant, on ne put y accéder que par une unique et longue rue en pente, passant sous le porche de la porte de Pikk Jalg (1380). En 1454, pour se protéger des révoltes fréquentes du peuple «du bas», les seigneurs «du haut» prirent la décision de la faire fermer chaque soir

Place du Château
La place du Château (Lossi plats) s'étire au pied des cinq bulbes de la monumentale cathédrale orthodoxe Alexandre-Nevski (1900), symbole de la russification de la fin du XIXe siècle. En vis-à-vis, le château de Toompea (Toompea Loss), un bâtiment baroque à la façade Art Nouveau, accueille le siège du gouvernement et du Parlement estoniens (pas de visite).

Fortifications
Si rien ne subsiste du premier château fondé en ces lieux en 1219 par le roi du Danemark Valdemar II, on peut encore voir, à proximité, trois des quatre tours de l'enceinte élevée par les chevaliers Porte-Glaive. Du jardin attenant à l'entrée du château se détache la plus haute (46 m), Pikk Herman (le grand Hermann), datant de 1371.

En contrebas, la plus grande tour d'artillerie de la ville (1475 1483) se greffe sur les fortifications: sa position dominante lui valut le surnom de Kiek in de Kök, «coup d' il dans la cuisine» en bas allemand celles de la ville basse Desservies par un escalier en colimaçon, les salles, sur six étages, forment le cadre d'un joli musée consacré à l'histoire de Tallinn du XIIe au XVIIIe siècle (armes, maquettes, cartes, etc.).

Dans les murs extérieurs sont encore encastrés neuf boulets tirés par les troupes d'Ivan le Terrible durant la guerre de Livonie!

Toomkirik
Au nord de la place du Château se dresse l'église luthérienne du Dôme, l'une des plus anciennes d'Estonie, fondée en 1232. De style gothique, elle fut remaniée à plusieurs reprises, en particulier après l'incendie de 1684. A l'intérieur, on peut découvrir de nombreux tombeaux d'aristocrates et de héros militaires, une belle chaire baroque de 1686 et diverses armoiries.

Belvédère
Par la rue Kohtu, on atteint un belvédère offrant la plus jolie vue de Tallinn: la tour de Saint-Olaf et le port à l'ouest, l'Hôtel de Ville et sa flèche sur la droite et, au premier plan, la porte de Pikk Jalg.

Musée d'Art estonien
Installé depuis février 2006 dans un nouveau bâtiment ultramoderne tout près du parc de Kadriorg, le Kumu (Kunstimuuseum) se consacre à l'art estonien (peinture et sculpture) du XVIIIe au XXe siècle. Des expositions temporaires d'artistes contemporains internationaux y sont aussi organisées.

Kadriorg
Dans le sillage de la conquête de l'Estonie, Pierre le Grand fit aménager le palais d'été de Kadriorg et le vaste parc qui l'entoure aujourd'hui lieu de détente favori des habitants de Tallinn. Dessiné par un architecte italien dans un style baroque, il fut achevé en 1725. Ses salles abritent aujourd'hui le très renommé Kadrioru Kunstimuuseum (Musée d'Art étranger). La plus belle collection est composée d'un petit ensemble de toiles flamandes du XVIe au XVIIIe siècle. Ne manquez pas non plus le cabinet en marqueterie du deuxième étage, où sont exposées faïences et porcelaines.

Musée Mikkeli
Juste de l'autre côté de la rue, ce musée est réputé pour sa collection d'icônes russes, dont les plus anciennes remontent au début du XVIe siècle. A l'étage, on découvre aussi peinture européenne, porcelaines (européennes et chinoises) et lithographies (notamment de Rembrandt).

Pavillon de Pierre le Grand
Non loin, un second palais abrite la résidence du chef de l'Etat (pas d'accès). Il précède de peu, rue Mäekalda, le pavillon de Pierre le Grand (Peeteri Majamuuseum), maisonnette de quatre pièces bâtie en 1714 dans l'attente de l'achèvement des travaux du palais. Abandonnée après coup, elle fut restaurée par Alexandre Ier, qui y fit réinstaller le mobilier de Pierre le Grand et de la Grande Catherine les deux tiers ont survécu aux aléas de l'histoire.

Pirita
Au-delà du parc de Kadriorg, une longue promenade (Pirita Tee) longe la baie de Tallinn jusqu'à la plage de Pirita et son port de plaisance. C'est ici qu'eurent lieu en 1980 les épreuves de yachting des Jeux olympiques de Moscou. On peut y visiter un vieux sous-marin estonien, le Lembit, construit en Angleterre en 1936. Juste de l'autre côté de la rivière se découpe fièrement le pignon du couvent de Sainte-Brigitte (Pirita Klooster). Fondé en 1407, celui-ci fut en grande partie détruit en 1577 lors du siège d'Ivan le Terrible. Les religieuses en occupaient la partie nord, les moines la partie sud.

Rocca al Mare
A environ 10 km à l'ouest de Tallinn, sur le bord du golfe de Kopli, le musée en plein air de Rocca al Mare regroupe au c ur d'un vaste pan de forêt plus de 70 bâtiments ruraux estoniens, mettant en scène le quotidien du XVIIe au début du XXe siècle. Le long des sentiers se découvrent la jolie chapelle en bois de Sutlepa (XVIIe), l'une des deux dernières du pays, des moulins à vent du XVIIIe siècle, une école de jadis, avec ses vieux bancs, ses encriers, son tableau noir Des visites sont conduites par des guides en costumes et des représentations folkloriques organisées.

Plages
A l'ouest, le littoral du golfe de Finlande est apprécié des citadins pour ses plages: Vääna-Jõesuu, Lohusalu, Kloogaranna La période soviétique les a sauvées de la spéculation immobilière; ici, pas de grandes stations balnéaires, mais des petits ports, de vastes pinèdes, accessibles par des chemins, et des rubans de sable tiède attendant les pique-niqueurs.

Le Golfe de Finlande
A l'est de Tallinn, la côte se découpe en baies profondes, adossées à des pinèdes, des plages et, passé Lahemaa, les petites falaises du plateau estonien. Si loin de la haute mer et des marées, si peu profond, le cul-de-sac du golfe de Finlande, qui se meurt aux portes de Saint-Pétersbourg prend ici presque l'allure d'un lac, placide en été, ses berges soulignées de sable ou de joncs.

Le parc national de Lahemaa
Réputé pour sa faune (ours, lynx, élans ) et sa flore (834 espèces recensées), le parc national de Lahemaa, le plus ancien de l'ex-URSS et le plus grand de l'Estonie moderne occupe 680 km2 de forêts, au c ur desquelles s'éparpillent villages et hameaux tranquilles, la plupart aux maisons de bois, des champs et des prairies sur lesquels flotte l'été l'odeur des foins, des lacs, des rivières à saumons et un large domaine maritime. A cet endroit, trois baies, séparées par de longues et larges péninsules pénètrent dans les terres. Celle de Käsmu, la plus petite, cernée par la forêt, est aussi la plus fréquentée, surtout autour de la plage de Võsu, une petite station aux maisons enfouies sous les frondaisons des pins.

Käsmu
Refuge idéal pour la flotte en hiver, la baie, bien protégée, vit se développer dès le Moyen Age les activités maritimes. Sur le versant ouest, la bourgade de Käsmu devint un important chantier naval à partir des années 1800. En 1884 y était fondée une école de marine très réputée; nombre de ses élèves furent des enfants du pays. Le village abrite un joli Musée de la Mer: bouteilles, maquettes, flotteurs de verre, vieilles cartes rassemblés par un collectionneur privé s'entassent pêle-mêle, recréant un univers marin plein de charme. A deux pas, une jolie petite église en bois blanc (Käsmu Kabel) se dresse entre de grands arbres, au c ur d'un cimetière fleuri. Un sentier, long de 4 km, parcourt l'ensemble de la presqu'île, parsemée d'un véritable champ de rochers, abandonnés lors du retrait des glaces.

Vainopea
Vers l'est, le long de la péninsule de Vergi, à Vainopea, les blocs de granit s'éparpillent le long du littoral. Petits phares, ports grands comme des mouchoirs de poche, plages sur fond de pins, maisons au toit de chaume et cahutes restaurées des pêcheurs d'Altja peignent une Estonie nostalgique. Selon les saisons barbotent canards, cygnes, goélands, grèbes, limicoles Hérissée de barbelés sous l'URSS, la côte s'éveille à nouveau au tourisme.

Manoirs
A l'intérieur des terres, les manoirs des familles germaniques qui contrôlèrent une grande partie du pays jusqu'à leur expropriation au lendemain de la Première Guerre mondiale ont été pour la plupart restaurés. Propriété durant deux siècles et demi des von der Pahlen, celui de Palmse, de style baroque (1782 1785), restitue l'ambiance élégante des XVIIIe XIXe siècles. Le manoir abrite dans ses dépendances un musée de vieilles voitures et de motos, ainsi que le principal centre d'informations du parc national. On découvre d'autres manoirs à Vihula, à Sagadi (demeure néo-classique abritant un musée forestier) et Kolga. Plus à l'est, les ruines du château de Toolse (1471) portent la trace de ses bâtisseurs, les chevaliers de l'Ordre livonien.

Le nord-est
Au-delà du parc de Lahemaa, le nord-est de l'Estonie est une région peu visitée, plus urbanisée et industrialisée, peuplée en majorité de Russes émigrés sous l'URSS. Dans les villes, faucilles et marteaux, Lénine et Marx n'ont pas tous disparus. Autrefois alarmante, la pollution, conséquence de l'exploitation pétrolière et des mines de phosphore, a été fortement réduite depuis l'indépendance.

Littoral
Si l'on dispose d'un peu de temps, on prendra plaisir à parcourir le littoral sauvage. Voici le joli manoir fortifié de Purtse (XVIe), avec ses murs chaulés et ses tuiles oranges, puis les falaises calcaires du plateau estonien, se précipitant dans la Baltique dans un fouillis boisé. La petite route côtière, perchée au sommet de l'escarpement, domine joliment le golfe de Finlande. A l'entrée ouest du hameau de Valaste, un escalier greffé à flanc de falaise offre une vue imprenable sur la plus haute cascade d'Estonie (25 m).

Narva
Plus proche de Saint-Pétersbourg que de Tallinn, la grande ville de Narva, russophone à plus de 90% s'ancre sur la rivière du même nom, marquant la frontière avec la Russie. Largement détruite durant la dernière guerre, elle conserve cependant un puissant château danois (XIIIe siècle), le fort Narva. Une annexe abrite un musée d'histoire. En vis-à-vis se dressent au-dessus des eaux bleues de la Narva les murailles et les poivrières d'angle de la forteresse russe d'Ivangorod.

L'Est
Le lac Peïpous
La Narva, qui se jette dans le golfe de Finlande face à la vieille station balnéaire soviétique de Narva-Jõesuu, naît du réservoir formé par le lac Peïpous (Peipsi järv). Occupant 3555 km2, celui-ci constitue l'essentiel de la frontière séparant l'Estonie de la Russie. Gelé chaque hiver, il est bordé au nord-ouest de dunes sableuses et de plages que certains considèrent à raison comme les plus belles du pays. La région, très traditionnelle, est encore peu visitée. Russophone, elle est le domaine des Vieux-Croyants.

Pühtitsa
Entre Kohtla-Järve et le lac, le village de Kuremäe s'est constitué autour du grand couvent orthodoxe de Pühtitsa (Kuremäe Klooster), fondé à la fin du XIXe siècle. Superbe avec ses bulbes verts, son jardin de roses et ses tas savamment empilés de bois de chauffage, c'est un lieu hors du temps, mais très vivant, habité par des religieuses et des novices.

Plages
C'est au nord-ouest que le lac Peïpous cache ses plus belles plages: en particulier à Kauksi, dans un cadre idéal pour une baignade ou un pique-nique sous les pins, à Uusküla aussi, un village aux maisons de bois colorées. Raja, plus au sud, étire ses jolies isbas sur le bord du lac, que colonisent à présent les roseaux et les vendeurs de poisson. On peut y voir une chapelle orthodoxe en bois.

Tartu
Dès le VIe siècle, un bastion estonien occupe une colline dominant la rive droite de la rivière Emajögi. Fondée en 1030 par Iaroslav le Grand, prince de Kiev, sous le nom de Iouriev, la ville se développe sous l'égide des chevaliers Teutoniques (qui la baptisent Dorpat en 1224, nom qu'elle portera jusqu'en 1920) et entre dans la Hanse. Depuis la fondation de l'université par Gustave II Adolphe de Suède en 1632, Tartu demeure le principal centre d'érudition du pays. C'est ici qu'émergea au XIXe siècle le mouvement de la renaissance nationale.

Place de l'Hôtel de Ville
Deuxième ville du pays après Tallinn (115000 hab.), Tartu a beaucoup souffert des guerres et des incendies. Le centre s'organise autour de la Raekoja plats pavée. Du côté ouest, l'Hôtel de Ville (1789), un bel édifice rose coiffé d'un clocher, domine une jolie fontaine aux amoureux, abrités sous un parapluie, uvre d'un artiste estonien, Marti Karmin (1999). Les bâtiments néo-classiques de la place datent de la fin du XVIIIe siècle, lorsque le centre de Tartu fut rebâti après un grand incendie. On verra en particulier le no 8, le 16, ancienne propriété de la princesse de Courlande, le 18 aux fenêtres en trompe-l' il (galerie d'art Kivisilla) et le 20 (fin XIXe), de style néo-Renaissance. Derrière l'Hôtel de Ville, le no 2 baroque, est le seul à avoir échappé à l'incendie.

Université
De là, on distingue la monumentale université (Ülikool), dont la façade sud, avec son portique, est devenu le symbole de l'éducation supérieure en Estonie. Inaugurée en 1809, elle abrite depuis lors un Musée d'Art (d'intérêt local), renommé pour posséder l'un des deux masques mortuaires du philosophe Kant.

Eglise Saint-Jean
Au nord s'élève la forte tour carrée de l'église Saint-Jean (Jaani Kirik), fondée en 1330. Gravement endommagée durant la Seconde Guerre mondiale, elle est toujours en cours de restauration. Son portail, cas rarissime, est décoré de personnages miniatures en terre cuite logés dans des niches disposées en frises. A ses pieds, le no 16 de la rue Jaani abrite le Musée des Citoyens de Tartu au XIXe siècle (Linnakodaniku Museum).

Cathédrale
A l'ouest de la Raekoja plats, sur la colline de la Cathédrale (Toomemägi) se trouvait le bastion des origines. Un vaste parc s'y étend aujourd'hui, révélant aux promeneurs les ruines évocatrices de la grande cathédrale gothique à trois nefs. Remontant sans doute à la fin du XIIIe siècle, elle se vit adjoindre deux tours jumelles au XVe siècle, un cas unique dans les Pays Baltes. Elle fut laissée à l'abandon après la guerre de Livonie (1558 1582). En 1806, le ch ur redessiné accueillit une bibliothèque, aujourd'hui Musée d'Histoire de l'Université. Plus haut sur la colline se détachent les derniers vestiges du bastion avec une pierre de sacrifices.

Musées
Tartu compte de nombreux musées. Au sud de Toomemägi, le Musée national estonien (Eesti Rahva Muuseum), l'un des plus importants du pays explore l'histoire de l'Estonie. Il se consacre aussi à son folklore et abrite une collection renommée de peinture. De l'autre côté de la rivière Emajögi (23, Narva Mantee), le Musée de la Ville, consacré au passé de Tartu, occupe un bâtiment néo-classique tout juste restauré.

Le Sud-Est
Livré l'hiver à une neige abondante, plus sauvage et plus traditionnel, presque entièrement recouvert de forêt, le sud-est du pays est également plus accidenté: rien de spectaculaire, mais une succession de vallons et de collines boisées, entrecoupés de rivières et de lacs, culminant à 318 m.

Otepää
A 40 km au sud de Tartu, la petite ville d'Otepää, aux maisons de bois pimpantes, est l'un des sites favoris des Estoniens pour célébrer le solstice d'été. L'hiver, elle devient station de ski. De sa longue histoire, la bourgade conserve quelques maigres vestiges sur la colline du Château (Linnamägi), habitée dès le début de l'ère chrétienne. Gagnez la promenade menant au sommet, d'où se révèle un panorama imprenable sur le patchwork de mamelons boisés et de prairies fleuries. A ses pieds, l'église (XVIIe), jolie bien qu'assez massive, s'ancre paisiblement sur une autre butte. C'est ici, ainsi que le rappellent deux plaques gravées apposées sur la façade, que fut créé en 1884 le drapeau estonien, bleu (ciel et confiance), noir (terre et passé douloureux) et blanc (neige et liberté).

Le lac Püha
Juste au sud d'Otepää s'étire le très joli lac Püha, avec ses rives plantées de joncs, ses rideaux de forêt et ses îlots boisés. Un sentier de 13 km permet d'en faire le tour, à pied ou à vélo.

Võru et environs
Principale agglomération du sud-est du pays, Võru ouvre la voie de la réserve de Haanja, englobant le Suur Munamägi, «grande montagne de l' uf», point culminant (318 m) des Pays Baltes. Cette grosse colline boisée est coiffée d'une tour offrant une vue panoramique sur la région et ses forêts. Une petite route mène, à 10 km à l'ouest, à travers la vallée bucolique des Rossignols (Ööbikuorg), jusqu'au village de Rõuge, établi à l'orée d'un chapelet de sept lacs. Plus loin encore, la zone frontalière avec la Lettonie se perd en un pays marécageux, Paganamaa, la «terre du Diable», dont les villages se tiennent à distance.

Le pays des Setus
Dans le réduit délimité au sud par la Lettonie et à l'est par le lac de Pskov s'étend le pays des Setus (Setumaa), dont la plus grande partie se trouve en Russie. Ce peuple finno-ougrien, proche des Estoniens, adopta la foi orthodoxe à l'époque où la région était aux mains des tsars. Si une nouvelle prise de conscience de l'identité setu tend à favoriser le maintien de la langue locale, la plupart de ses locuteurs sont néanmoins âgés.
A Obinitsa, ne manquez pas d'aller visiter le passionnant petit Musée Setus Tare (Seto muuseumitarõ). Installé dans une belle maisonnette en bois et rondins, il conserve tous les attributs du passé setu: costumes brodés de couleurs chaudes, trousseaux de mariées, outils, etc.
A la sortie est du village, les arbres font de l'ombre à une église en bois de 1897. Un autre musée consacré aux Setus se trouve à Värska.

Le coeur de l'Estonie
Le lac Võrts
A l'ouest de Tartu, le deuxième plus grand lac du pays (266 km2), mais dont la profondeur ne dépasse pas 6 mètres, forme comme une véritable mer intérieure, bordée de lits de roseaux et adossée à la forêt. Sous les pins se dissimulent des maisons éparpillées et, en retrait, des villages agricoles. Ici et là, des chemins permettent d'accéder aux berges, pour une journée de pêche, un pique-nique au plus près de la nature, une sortie en canoë ou un feu de camp sous les étoiles Certains n'hésitent pas à sortir leur planche à voile.

Le parc national de Soomaa
Au nord-ouest, le lac borde le grand parc national de Soomaa (371 km2), créé en 1993. Il protège une vaste étendue de marécages, de fondrières, de forêts et de prairies inondées au printemps. Sur le tiers du territoire, les eaux envahissent ce pays trop plat, où la crue fut longtemps considérée comme une saison à part A l'exception de quelques sentiers, pour la plupart surélevés, on parcourt le parc en canoë ou en haabja, une sorte de pirogue taillée dans le tronc d'un tremble. S'il est peu probable d'apercevoir les ours, loups et lynx qui peuplent la zone, il est parfois possible d'observer élans, castors ou écureuils volants.

Viljandi
Conquise par les chevaliers Teutoniques, Viljandi fit un temps partie de la Hanse. Cette petite ville aujourd'hui tranquille, conserve quelques traces de son riche passé, maisons de bois colorées au centre et ruines d'un château de l'Ordre en surplomb. Etabli au c ur d'un parc, lieu de promenade favori des habitants, il domine un lac étiré en longueur. En contrebas, on peut voir la jolie église Saint-Jean (Jaani Kirik), à la forte tour d'horloge, et visiter, dans un beau bâtiment de 1780, sur la place Kindral Laidoreri (no 10), le musée local.

L'Ouest
Pärnu
On la surnomme «capitale d'été» de l'Estonie Dès les premiers beaux jours, les vacanciers viennent profiter de sa plage et de son animation boîtes, bars, concerts, festivals, parc d'attractions, rien ne manque pour faire de Pärnu la principale station balnéaire du pays. Fondée en 1251 par l'évêque Henry, entrée dans la Hanse dès 1265, la cité marchande se transforma en lieu de villégiature au XIXe siècle, pour briller de tous ses feux des années 1890 à 1930. A l'époque soviétique, ses cinq sanatoriums, spécialisés dans les bains de boues thérapeutiques, accueillaient des travailleurs méritants des quatre coins de l'URSS. Fermée à cause de la pollution au moment de l'indépendance, entièrement nettoyée, son centre restauré de fonds en combles, la plage de Pärnu affiche aujourd'hui le drapeau bleu.

Centre-ville
Le c ur de la ville (51000 hab.) occupe une péninsule formée par la rivière Pärnu et délimitée par le golfe de Livonie. On y pénétrait jadis par la porte de Tallinn, adossée au grand parc de Vallikäär; là se dressent les derniers vestiges de l'enceinte suédoise du XVIIe siècle. Plus loin, rue Uus, le style néo-classique marque de son empreinte le petit palais de l'ancien Hôtel de Ville (1797), qui fut la résidence d'un riche marchand, et l'église orthodoxe Sainte-Catherine (Ekateriina Kirik), peinte de couleurs vives. Edifiée en 1764 1768, elle révèle un intérieur richement orné. Par la rue Nikolai, gagnez l'église luthérienne (Eliisabeti Kirik), édifiée en 1744 1747 sur ordre de l'impératrice Elisabeth, dont elle prit le nom. A côté, au no 24 de la rue Kuninga, vous passerez au pied d'un entrepôt de 1694 joliment restauré.
La rue Pühavaimu croise Rüütli, la principale artère commerçante du centre piéton, avant d'atteindre une belle enfilade de demeures rénovées: maison en bois à la porte sculptée et peinte (no 10), maison Steinert (1674) et son entrepôt, baroques (no 8), sur lesquels se greffe une entrée néo-classique en forme d'arc de triomphe, maison Heno de 1670, baroque, dont le toit s'orne de deux sculptures de personnages grimaçants.
La ruelle s'insinuant entre les nos 8 et 10 mène à un hôtel occupant un beau bâtiment de 1658. Tournez autour du pâté de maisons par la droite pour jeter un coup d' il à la tour Rouge (Punane Torn), rue Hommiku (no 11), dernier vestige de l'enceinte élevée au XVe siècle. Aujourd'hui blanche, elle abrite un magasin de souvenirs.

Musée de Pärnu Au bout de la rue Rüütli, le Musée de Pärnu se consacre à l'histoire de la ville et de la région. En manque de rénovation, il abrite néanmoins une intéressante section ethnographique.

Musée d'Art moderne
Plus récent, ce musée s'est déjà taillé une certaine renommée. A l'entrée, une statue de Lénine décapitée et coiffée d'un gyrophare, annonce la couleur. Chaque été, la petite collection permanente est remplacée par une exposition sur le thème de la sexualité dans l'art photos de Mapplethorpe, dessins de Cocteau

Plage
Plus au sud, voici la plage, large, longue, glissant en pente douce dans la mer. Les enfants profitent des jeux installés à leur intention, les adultes du sable chaud. En arrière-plan, l'ancien établissement thermal rose s'adosse au parc Ranna. A l'extrémité ouest de la plage, là où se jette la rivière Pärnu, la longue jetée construite sous la férule de Catherine II constitue une balade appréciée.

Haapsalu
A égale distance de Pärnu et de Tallinn, Haapsalu est une escale classique sur la route de l'île d'Hiiumaa. Ville balnéaire et de cure au XIXe siècle, réputée elle aussi pour ses boues thérapeutiques, elle fut un temps fréquentée par la famille impériale russe. Aafrikarand, la «plage africaine» vit défiler sur sa promenade un certain Tchaïkovski. Si les vacanciers estoniens viennent encore nombreux en été, c'est aussi aujourd'hui pour découvrir les vestiges de son riche passé.

Centre-ville
Le château de l'Evêque (1279), partiellement en ruine mais cerné encore de son mur d'enceinte, avec tourelles et bastions, ramène à l'époque où Haapsalu devint ville épiscopale conséquence de la destruction de Pärnu par les Lituaniens. Les chevaliers Teutoniques firent élever côte à côte le château, dont une aile abrite aujourd'hui un musée, et sa cathédrale, plus grande église des Pays Baltes à une seule nef. Construite selon les principes de la règle cistercienne, très sobre, elle révèle des voûtes gothiques et des chapiteaux sculptés de motifs floraux témoignant d'ultimes influences romanes. Après la destruction du toit par les troupes de Pierre le Grand lors de la guerre du Nord, elle ne fut plus utilisée qu'en été.

Musées
Face à l'entrée du château, sur la place Lossi, on peut jeter un coup d' il rapide au Musée Läänemaa, dédié à l'histoire locale, ainsi qu'à l'église Saint-Jean (Jaani Kirik), qui date des XVIe XVIIe siècles. Ajoutons à cela un Musée du Chemin de fer, au sud de la ville et, à l'opposé, près du Vieux Port, l'attachant petit Musée des Suédois d'Estonie (Rannarootsi Muuseum), explorant l'histoire et le quotidien de ces quelque 8000 Suédois, pêcheurs pour la plupart, qui vécurent à l'ouest du pays jusqu'en 1944.

Les Iles
Flottant entre mer Baltique et golfe de Livonie, les îles estoniennes forment à l'ouest une barrière naturelle, un dédale de centaines d'îles et d'îlots, dont les plus petits, simples bandes de terres semées de pierres, émergent à peine de la surface des eaux. Peu salée, dépourvue de marées, la mer, colonisée par la végétation, se fait ici moins marine, plus marécageuse.

A terre, le long des petites routes, les paysages sont agricoles, bucoliques, mêlant champs fleuris de bleuets et de coquelicots, vastes forêts, villages et vieux moulins à vent.

Hiiumaa
De Rohuküla, à 10 km d'Haapsalu, le ferry fait plusieurs fois par jour la traversée vers l'île d'Hiiumaa, la deuxième plus grande du pays (1023 km2). Le bateau aborde à l'est, près de Suuremõisa, où se trouve le mieux conservé des manoirs de l'ancienne aristocratie terrienne allemande, édifié en 1755 1760 dans un style baroque tardif. Tout près, l'église de Pühalepa, la plus vieille de l'île (1257), s'entoure d'un petit cimetière envahi par la végétation. Autrefois, les femmes ne pouvaient y pénétrer que par la petite porte latérale

Kärdla
Plus à l'ouest, Kärdla est la ville principale de l'île, une simple bourgade en fait, dont les maisons, pour beaucoup en bois, s'éparpillent sous les arbres. Vous pourrez y visiter le petit Musée d'Hiiumaa, qui se penche en particulier sur le XIXe siècle, lorsque Kärdla abritait une usine de confection.

Péninsule de Tahkuna
La péninsule était autrefois habitée par des Suédois, qui furent contraints par les autorités russes d'émigrer en Ukraine en 1781. Des 1200 qui partirent, seule la moitié parvint au but, neuf mois plus tard. Ils célébrèrent leur dernière messe à Ristimägi, la colline des Croix, un lieu-dit situé le long de la route de Kõrgessaare. En leur mémoire, chaque visiteur de passage confectionne aujourd'hui une croix de fortune, à l'aide de branches ou de pierres. Des centaines sont ainsi plantées, entassées ou simplement étalées au sol. En 1929, les descendants des immigrants furent finalement autorisés à regagner la Suède

Non loin du village de Malvaste, au nord de l'île d'Hiiumaa, sont regroupés dans une clairière fermes (mihkli), granges et saunas à l'ancienne, en rondins et chaumes. L'extrémité de la presqu'île est veillée par un vieux phare fondu en France et un mémorial érigé en souvenir des victimes du naufrage du ferry Estonia. La coutume veut que l'on sonne la cloche à la mémoire des disparus.

Phare de Kõpu
A l'ouest d'Hiiumaa s'étire une autre péninsule, plus longue et plus étroite. En plein centre, un phare se dresse vaillamment depuis 1531: c'est le troisième plus ancien phare au monde à n'avoir jamais cessé de fonctionner. Très étonnant, avec ses gros contreforts et son escalier en colimaçon, très biscornu, il offre de son sommet, à 37 m, une vue panoramique sur la forêt alentour.

Kaïna et Kassari
A l'est de l'île, la majorité des infrastructures touristiques se regroupe autour du gros village de Kaïna, ancré près de la baie du même nom. Presque fermée aux deux extrémités, bordée au sud par l'étrave de l'île de Kassari, celle-ci évoque davantage un grand étang. La richesse de ses berges attire de nombreux oiseaux migrateurs raison de la création en ces lieux d'une réserve ornithologique.

A Kassari, deux sites méritent une visite: le musée (Hiiumaa Koduloomuuseum), dédié à l'histoire d'Hiiumaa, ainsi qu'une adorable chapelle (Kassari Kabel), la seule d'Estonie à être encore couverte de chaumes. Elle fut édifiée au XVIIIe siècle pour éviter que les îliens soient contraints de traverser les marécages pour suivre la messe à Pühalepa.
Au sud s'allonge l'étroite péninsule de Sääretirp, idéale pour un pique-nique.

Saaremaa
La plus grande d'Estonie (2673 km2) et de toute la Baltique, l'île offre un visage rural, des moulins, des villages tranquilles, ainsi que quelques maisons aux toits de chaume.
Cent fois conquise et reprise, Saaremaa fut allemande durant trois siècles, puis danoise, suédoise, russe Durant la Seconde Guerre mondiale, la majeure partie de sa population suédoise choisit l'exil: de 56000 habitants en 1939, elle n'en comptait plus que 38000 en 1945 un chiffre qui n'a guère changé.
En été, depuis Sõru, au sud d'Hiiumaa, un ferry dessert trois fois par jour l'île de Saaremaa. Mais la plupart des gens viennent depuis Virtsu (sur le continent) en passant par Muhu. Saaremaa et Muhu forment un arrondissement rural et sont reliées entre elles par une digue.

Kuressaare
Principale ville de l'arrondissement de Saaremaa, Kuressaare se blottit au fond d'une baie étroite, sur la côte sud de l'île. Ex-station touristique soviétique, elle est à nouveau un centre de cure important qui compte plusieurs grands sanatoriums. Sur la place Kesk väljak se dressent un bel Hôtel de Ville baroque (1670), gardé par deux vieux lions de pierre et, en face, la Maison de la Pesée (Vaekoda), édifiée en 1633 qui abrite aujourd'hui un pub.

Château épiscopal
Un peu plus au sud, dominant les derniers replis de la baie de Kuressaare, le château épiscopal monte une garde imperturbable. Edifié entre 1340 et 1380 dans un style gothique tardif comme dépendance du centre épiscopal d'Haapsalu, il s'ancre sur un îlot, toujours encadré de son enceinte du XVe siècle aux murs hauts de 7 m, de remparts de terre et de larges douves ajoutés 200 ans plus tard par les Danois. Le château en lui-même, qui fut aussi prison, s'ouvre sur une cour intérieure carrée encadrée de bastions d'angle: c'est le seul des Pays Baltes à avoir survécu aux vicissitudes de l'histoire avec si peu de changements. Il abrite le Musée régional, divisé en deux sections inégales, l'une consacrée à l'histoire, la plus importante, l'autre à l'histoire naturelle. Parmi les salles, la plus belle est sans doute celle du réfectoire, avec sa double voûte en ogives croisées.

Autour de l'île
Une excursion à l'ouest de l'île permet d'aborder le long doigt de la péninsule de Sõrve, solitaire et désolée, ainsi que la réserve botanique de Viidumäe, où ont été répertoriées 700 espèces de plantes et 630 de papillons.
A Viki, près de Kihelkonna, une vieille ferme des années 1850 et ses dépendances (grange, moulin, grenier à blé ) ont été transformés en musée en plein air (Mihkli Talumuuseum). Juste à l'ouest, le parc national de Vilsandi englobe l'île du même nom et 160 îlots semés sur la Baltique. Les oiseaux migrateurs y font escale par milliers.

Une météorite tombée à Kaali (Meteoriidikraater), au centre de l'île, il y a 5000 à 7000 ans, a creusé un cratère large de 110 m, aujourd'hui occupé par un petit lac. Plus loin, les cinq moulins d'Angla s'alignent le long de la route, en un lieu venteux mis à profit depuis longtemps. L'un d'eux, magnifiquement restauré, conserve son mécanisme.

A 2 km, l'église fortifiée de Karja mérite le détour. Edifiée parmi tant d'autres par les chevaliers Teutoniques, à la fin du XIIIe siècle, elle révèle des détails architecturaux exceptionnels, empruntés au style roman tardif: chapiteaux sculptés du portail et de la nef, peintures du ch ur présentant d'étonnants signes cabalistiques et magnifique bas-relief de la crucifixion encastré dans le mur extérieur droit. Tout à l'est, d'autres lieux ramènent au passé germanique, dont la superbe église de Pöide, centre du territoire des chevaliers Porte-Glaive au XIIIe siècle et les ruines du château de l'Ordre à Orissaare, détruit lors du soulèvement paysan de 1343.

Muhu
Reliée par un pont à Saaremaa et par un ferry fréquent à Virtsu, sur le continent, la plus petite île de Muhu est néanmoins, avec 206 km2, la troisième d'Estonie. Le moulin-musée d'Eemu (Eemu Tuulik), élevé en 1881, est à nouveau en état de fonctionnement. En face, une petite route mène au village-musée de Koguva (Kugula Küla Muhu Muuseum): ses maisons aux toits de chaume, encore habitées pour certaines, son école-musée remontent au XIXe siècle. Une exposition y aborde les traditions de l'île, en particulier celle concernant ses costumes. Un peu plus loin, l'église germanique de Liiva (Muhu Katarina Kirik), élevée aux XIIIe XIVe siècles, est réputée pour ses fresques de bateaux.

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