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LIBAN
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Beyrouth
La fascination qu'exerce Beyrouth tient plus à son histoire et au «fantasme d'Orient» qu'elle a fait naître chez des générations d'aventuriers qu'à sa physionomie actuelle. Car la ville a connu une extension spectaculaire dans les années 1960 1970, sous la forme d'une marée de béton. La guerre a tout à la fois conduit à la destruction du centre historique et accéléré le développement urbain périphérique, le plus souvent de manière très anarchique. Déjà très pauvre en vestiges antiques, Beyrouth a donc aussi perdu une bonne partie des lieux et des monuments qui faisaient sa mémoire: la place des Canons, qui constituait avant la guerre le c ur de la capitale; les souks, où se côtoyait tout ce que le Liban compte de communautés; la Grande Mosquée (rue Weygand), en fait une église romane transformée en lieu de culte musulman, est par contre en cours de restauration.
On a préféré raser les ruines de la guerre pour reconstruire. Certains le déplorent. Pourtant, ce fut l'occasion de mettre au jour un véritable trésor historique avec des vestiges de toutes les époques, des Cananéens aux Ottomans. Le projet de reconstruction du centre ville est pharaonique. Plus de 500000 m2 gagnés sur la mer permettront d'implanter un immense parc d'agrément et deux ports de plaisance. Le plan de réhabilitation s'étendra sur 25 ans. Déjà, le Parlement, place de l'Etoile, et le Grand Sérail ont été restaurés et rendus à la vie publique.
Derrière la rue des banques, les thermes romains sont accessibles au public depuis 1997. Dans le Musée national (rue de Damas), une partie des trésors archéologiques, conservés sous une gangue de béton pendant la guerre, a été nettoyée et est de nouveau exposée. Dans la première salle, vous remarquerez des sarcophages romains richement décorés et la très belle mosaïque des Sept Sages. Arrêtez-vous devant le sarcophage d'Ahiram datant du XIIIe siècle av. J.-C.
Pour retrouver un peu du charme du Beyrouth d'autrefois, vous pouvez musarder dans le quartier du Musée Sursock qui présente des expositions temporaires de peintures. Cette superbe demeure construite en 1914, qui appartenait à l'une des plus vieilles familles libanaises, a été remeublée et a réouvert en 1995.
Beyrouth compte en outre des musées privés, dont le Musée archéologique de l'Université américaine, l'un des plus anciens du Proche-Orient puisque sa fondation est contemporaine de celle de l'Université elle-même (1868). Constituées peu à peu, ses collections présentent les cultures moyen-orientales depuis la préhistoire jusqu'à un passé récent (près de 10000 objets et autant de pièces de monnaie). En tout cas, profitez de votre passage à l'Université américaine pour flâner dans ses allées calmes et bien entretenues. Une occasion unique de souffler un peu dans cette ville trépidante et en perpétuel chantier! Vous verrez aussi la Résidence de M. Pharaon (à Zokak al-Blat, près du Grand Sérail). Ce «cabinet de curiosités» doit autant à son créateur, le milliardaire Henri Pharaon (né en 1898 et mort assassiné dans sa chambre en 1993), par ailleurs auteur du drapeau national, qu'à ses collections: sarcophages phéniciens et grecs, icônes byzantines, art islamique, etc.
Mais ne vous contentez pas de passer simplement d'un lieu à l'autre, tant Beyrouth mérite qu'on s'y perde un peu, qu'on s'y laisse guider par une musique, par le soleil ou une jolie femme. Cependant, certains quartiers sont sinon interdits, du moins à éviter. Car les difficultés de la vie quotidienne, amplifiées par les malheurs de la guerre, ont rendu très méfiantes les populations les plus exposées. Ainsi la tristement célèbre banlieue sud (dahyé en arabe) ne constitue-t-elle pas une destination touristique prioritaire (vous la traverserez en venant de l'aéroport). Pour autant, ses habitants n'en sont pas moins très respectueux des règles de l'hospitalité. A vous donc de choisir, parmi les buts de promenade, ceux qui représentaient, il y a vingt ans déjà, l'ordinaire des touristes
Dans la partie ouest on continue à différencier les secteurs est et ouest, de part et d'autre de la ligne de démarcation , rendez-vous d'emblée sur Hamra, artère très fréquentée, parfois appelée «les Champs-Elysées libanais». En cours de réhabilitation, Hamra procure aujourd'hui un raccourci saisissant de la société levantine. On y trouve aussi bien les banques, les cafés chic (le Café de Paris) et la célèbre librairie Antoine, que les vendeurs à la sauvette, les changeurs des rues et les cinémas aux affiches criardes.
En continuant le long de l'avenue, vous atteindrez le front de mer à Ras Beyrouth. Déjà au XIXe siècle, la bourgeoisie beyrouthine aimait s'y montrer. La grande curiosité du lieu est la fameuse Grotte aux Pigeons, à Raoucheh; en fait, deux énormes excavations battues par les vagues (le tour de la grotte en bateau prend une dizaine de minutes). Mais Raoucheh, c'est aussi un complexe touristique où l'on voit quelques-uns des plus grands hôtels et des meilleurs restaurants de la capitale.
Si vous remontez ensuite la corniche par le nord, vous longerez les jardins de l'Université américaine et gagnerez la plage de l'Hôtel Saint-Georges. De tous les établissements de bains installés sur le front de mer, le Yacht Motor Club du Saint-Georges est sans conteste le plus «branché». Ce fut pendant des années le rendez-vous de la presse internationale, toujours à l'affût d'un bon tuyau ou d'un scoop. Le club nautique, qui a maintenant repris ses droits, accueille en été les Libanais du monde entier. De là, vous pourrez remonter par les ruelles tortueuses du vieux faubourg d'Aïn el-Mreissé et rejoindre le quartier de l'Université américaine. Aux abords de la prestigieuse institution, l'ambiance est forcément jeune et studieuse la journée du moins; le soir, si elle est toujours très jeune, elle se révèle bien moins sage! La rue Mak'houl, qui possède des restaurants et des clubs de jazz de très bon niveau, fera un excellent but de sortie nocturne.
Beyrouth-Est offre un dépaysement saisissant. D'abord, parce que la partition géographique correspond presque parfaitement au clivage confessionnel entre musulmans (à l'ouest) et chrétiens (à l'est). Ensuite, parce que les vingt dernières années ont bouleversé modes de vie et comportements. Ainsi, le secteur vous paraîtra d'emblée moins débridé, moins bouillonnant; en un mot, moins «oriental». La Quarantaine porte un nom sans ambiguïté. Au XIXe siècle, Gérard de Nerval la décrivit comme un îlot entouré de rochers, sur lequel flottait un drapeau jaune. Plus tard s'y installèrent des familles pauvres émigrés des campagnes, réfugiés arméniens et kurdes. Au-delà de l'avenue Charles-Hélou, vous entrerez dans le quartier bourgeois de Mar (Saint-) Nicolas. Aux alentours du Musée Sursock subsistent de belles maisons fines et élancées, percées d'ouvertures en ogive, si caractéristiques de l'architecture libanaise traditionnelle. Une architecture qui a puisé à de multiples sources, arabes, franques et ottomanes notamment.
Limitrophe de Mar Nicolas, le vieux quartier populaire d'Achrafieh est sans doute le plus représentatif du «pays chrétien». Peuplé à l'origine d'orthodoxes grecs, il s'est développé à la fin du XIXe siècle. On n'y trouve aucune mosquée et les rues s'agrémentent de petits sanctuaires mettant en scène la vie des saints. Il vous faudra ensuite franchir le Nahr Beyrouth pour pénétrer dans Borj Hammoud. En son temps, Gérard de Nerval emprunta un antique pont romain, qui enjambait «ce long ruban de verdure et de fleurs». Cette rivière a malheureusement connu le sort de tous les cours d'eau emprisonnés dans le maillage toujours plus serré de l'expansion urbaine. Borj Hammoud fut d'abord un camp d'accueil pour les immigrants arméniens. L'endroit reste d'ailleurs très marqué par ses origines, comme en témoignent les enseignes des tailleurs et des bijoutiers.

Excursions
A 25 km au nord de Beyrouth, la baie de Jounié attend les Libanais aisés qui viennent se détendre en fin de semaine, au bord des piscines privées. Dominant cette baie, qui scintille de mille lumières quand la nuit tombe, le Casino du Liban a été restauré à grands frais et est redevenu un pôle de la vie nocturne. Il comprend plusieurs salles de jeu, un restaurant gastronomique, et surtout un grand théâtre.
La ville de Jbeil, l'ancienne Byblos, constitue un but touristique privilégié. Cette petite cité portuaire, à 38 km au nord de Beyrouth, garde des traces remontant à la plus haute Antiquité phénicienne, dans un environnement médiéval admirablement conservé et restauré. La Bible, qui a donné son nom à la cité phénicienne de Gebal, parle des Giblites comme de charpentiers réputés. Ceux-ci, notamment, taillèrent les poutres en bois de cèdre du temple de Salomon. Quant au nom de Byblos, ils vient de ce que ses marchands y faisaient commerce de papyrus (bublos en grec), très recherché dans le monde antique.
Commencées au XIXe siècle, les fouilles ont mis au jour des vestiges vieux de 7000 ans ainsi qu'une nécropole royale du IIe millénaire av. J.-C. Des nombreux sarcophages exhumés, celui d'Ahiram garde, gravée dans la pierre, la plus ancienne forme d'alphabet phénicien découverte à ce jour (il fut transporté au Musée national). Jouxtant le chantier archéologique, le château des Croisés est singulièrement bien conservé, surtout le donjon, bâti avec de grosses pierres récupérées dans les constructions antiques. A proximité, vous verrez l'église Saint-Jean-Baptiste, un édifice roman qui fut la cathédrale de Giblet. Enfin, une ruelle descend vers le petit port, qui s'alanguit autour d'un bassin irrémédiablement calme.
A moins de 50 km au sud-est de Beyrouth, vous aurez aussi le loisir de découvrir quelques hauts lieux du Liban des émirs. La montagne du Chouf abrite en effet les plus beaux palais du pays. Si vous ne devez en voir qu'un, ce sera celui de Beit ed-Dîne, construit par Béchir II le Grand au XIXe siècle. C'est un véritable petit Versailles levantin, mais qui aurait des accents andalous et florentins. Dans cette immense bâtisse, les architectes se sont employés à marier la luxuriance orientale et l'efficacité qui sied à la demeure d'un prince soupçonneux. Ainsi, les salles où l'on s'entretenait d'affaires importantes étaient équipées d'un jet d'eau en continu, afin de décourager les oreilles indiscrètes Un très beau festival de musique classique y est organisé chaque année, en juillet et août.
A quelques lieues de Beit ed-Dîne, la bourgade endormie de Deïr el-Kamar ne laisse rien paraître de son passé prestigieux. L'origine de ce très joli nom le «Couvent de la Lune» reste incertaine. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la cité tint une place très importante aux XVIe et XVIIe siècles, puisqu'elle fut le lieu de résidence des gouverneurs du Liban. Elle se visite comme un musée de plein air, les principaux monuments, centrés sur la place (midan), ayant fait l'objet d'une restauration récente. On trouve là une charmante mosquée du XVIe à minaret octogonal, le souk de la soie (Kaïssarié) et plusieurs palais bâtis entre le XVIIe et le XIXe siècle.
Si vous désirez admirer de beaux cèdres, prenez la route qui conduit à la région du Barouk, enneigée en hiver. Ces arbres légendaires plantés en nombre, il y a quelques années, sont en bien meilleur état que ceux de la région des Cèdres dans le nord.
En suivant le littoral au sud, vous atteindrez Saïda et Tyr, respectivement à 40 et à 80 km de Beyrouth. Saïda est le nom arabe de la Sidon phénicienne. La vieille ville vaut surtout par son château de la Mer (Qalaat el-Bahr), forteresse édifiée par les croisés sur une petite île reliée à la terre par un pont anciennement fortifié. Il faut absolument se promener dans le vieux souk, mystérieux labyrinthe de ruelles bordées de petites boutiques et de maisons à escaliers où les habitants vous accueilleront avec chaleur.
Signalons encore une curiosité qui vient en droite ligne de l'époque phénicienne: la colline du Murex, du nom du coquillage utilisé pour la fabrication de la pourpre.
La grande rivale de Sidon était la cité marchande de Tyr (Sour). C'est de là que partirent les fondateurs de Carthage, 800 ans avant notre ère. Dans l'Antiquité, Tyr était un îlot rocheux (Tsor, «rocher» en hébreu), qu'Alexandre le Grand fit relier au continent par une chaussée gigantesque. Les chantiers de fouilles ouverts depuis 1948 sur plus de 15 hectares, dans la cité et hors les murs sont les plus étendus du Liban et parmi les plus spectaculaires du bassin méditerranéen. Aboutissant au port antique, une superbe allée monumentale, longue de 175 m, traverse un espace mêlant vestiges romains et byzantins. Dans la ville moderne, les fouilles de la nécropole ont permis d'exhumer un grand nombre de sarcophages, dont certains ont été transférés au Musée national. A proximité, les archéologues ont dégagé un hippo-drome, l'un des plus vastes et des mieux conservés du monde romain.
De Beyrouth, on gagne assez rapidement, à l'est, la plaine de la Bekaa, où se trouve le site le plus connu et le plus majestueux du Liban, Baalbek (à 90 km). Les ruines que vous y verrez datent de l'époque romaine: l'empereur Auguste, au Ier siècle avant notre ère, fit construire un temple grandiose en l'honneur de Jupiter. Des siècles auparavant, les Phéniciens y avaient adoré Baal-Shamash et les Grecs avaient baptisé l'endroit Héliopolis, la «Cité du Soleil». Du temple de Jupiter, il reste l'immense soubassement et six colonnes hautes de 20 m; des colonnes qui constituent avec le cèdre l'image la plus connue du pays! En contrebas, le temple de Bacchus est exceptionnellement bien conservé. Son portail d'entrée impressionne par la finesse de son ornementation. Surtout, il possède encore un plafond à caissons, ce qui est rarissime pour des constructions aussi anciennes. Le grand festival de musique qui se tenait avant la guerre dans les ruines de Baalbek est redevenu un événement international important qui se tient en juillet.
Ne quittez pas Baalbek sans avoir rendu visite à un autre monument célèbre: l'Hôtel Palmyre. Cette bâtisse de caractère serait le premier établissement du genre en Orient. De nombreuses personnalités s'y sont arrêtées, de l'empereur Guillaume II au général de Gaulle.
Pour terminer cette promenade dans un Liban qui a traversé les siècles et les épreuves, allez donc découvrir un espace saisissant: la vallée de la Qadicha. Cette vallée du mont Liban est réputée autant pour sa nature puissante que pour avoir été le lieu d'enracinement des maronites. Bousculée par l'expansion musulmane, la communauté s'y est réfugiée vers le milieu du VIIe siècle. D'un naturel farouche, les maronites allaient faire de la vallée une véritable «citadelle» aux villages austères et truffée de monastères inaccessibles.
C'est à Bcharré (1400 m d'altitude) que naquit, en 1883, le grand poète de langue anglaise Gibran Khalil Gibran, auteur du célèbre livre «Le Prophète». Il ne vécut à Bcharré que 11 ans, avant d'émigrer pour les Etats-Unis, mais c'est là qu'il fut enterré dans une chapelle rupestre, en 1931. Sur le lieu de sa sépulture fut créé un musée, qui rassemble des manuscrits et des uvres picturales. Dans les proches environs de Bcharré, vous irez voir quelques-uns des monastères les plus connus, comme le vieux couvent de Mar Licha (Saint-Elysée), installé dans une énorme caverne (à une heure de marche quand même!). Non loin se situe la grotte de la Qadicha, où la rivière du même nom prend sa source. En continuant dans la montagne, vous parviendrez aux cèdres, à près de 2000 m d'altitude. Les arbres millénaires, ceux que les maronites ont baptisés les «cèdres de Dieu» (arz er-Rab), ne sont plus qu'une douzaine Ce sont ces mêmes cèdres que Lamartine tenta d'atteindre pendant l'hiver 1833, en vain.
Le pays réserve encore bien d'autres surprises qui mériteraient plus qu'une simple mention, par exemple Tripoli, la «ville triple» des Phéniciens; la cité umayyade d'Aanjar, dans la Bekaa; ou encore les paysages austères de l'Akkar, dans le Nord-Liban.

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